| Janvier 2010 | ||||||||||
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Séquence 1 : Intérieur / Appartement - Nuit
Un homme entre dans la pièce en haletant, l'air paniqué. Il verouille la porte. Il tourne en rond un moment puis sort une bouteille d'alcool. Il s'assoit contre un mur. La télé est allumée, on l'entend en fond. Il boit quelques gorgées de sa bouteille, puis regarde la plafond en haletant.
VOIX OFF
Y a des jours, comme ça...
Séquence 2 : Intérieur /Chambre- Jour
Un radio réveil s'allume. Luc ouvre les yeux. Il s'étire de tout son long. Puis il s'assoit sur le côté de son lit. Il se frotte le visage, puis se lève. En fond, on entend à la radio l'horoscope du jour qui annonce pour les Cancers une journée affreuse. Il se dirige vers la porte mais son pied cogne contre un mur dans un craquement d'os. Il se raidit, se plie en deux et se masse l'orteil en poussant des gémissements. Puis il sort de sa chambre en clopinant.
VOIX OFF
Des jours où on sait au fond de nous qu'on ferait mieux de rester au fond de son lit.
Séquence 3 : Intérieur / Salle de Bain - Jour
Luc entre dans sa salle de bain. Il se dirige vers la douche (ou la baignoire ?) et ouvre les robinets. Puis il se dirige vers l'évier et la glace. Il se regarde dans celle-ci en se frottant le visage d'un air de douleur. Puis il regarde son pied et voit du sang. Il se penche sur celui-ci en jurant. Il le touche puis se redresse. Mais, dans son geste, sa tête vient heurter le robinet. Il pousse un cri et se tient la tête. Puis il regarde ses mains. Il y a du sang de son orteil. Il soupir et ouvre le robinet. Il s'apprête à y plonger ses mains mais s'apperçoit que l'eau est marron. Il s'arrête alors et regarde en direction de la douche : l'eau y est marron également. Il soupir et ferme les robinets.
Séquence 4 : Intérieur / Salon - Jour
Luc arrive dans son salon. Il est habillé, mais pas rasé. Sa tenue est déparaillée.
Il sort un bol, le pose sur la table. Puis il ouvre son frigo et sort une brique de lait. Il tente d'en verser dans le bol, mais rien ne coule. Il la secoue et s'apperçoît qu'elle est vide. Il la laisse sur la table et soupir. Il sort un verre, se serre du jus d'orange. Puis il pose brutalement la brique sur la table, d'un air désésperé. Quelques gouttes du liquides viennent se répandre sur sa chemise. Il s'essuie.
Il sort une boîte de médicaments, en prend. Puis il pose la verre en équilibre sur une pile de couverts sales dans l'évier.
Séquence 5 : Intérieur / Cage d'escaliers - Jour
Luc sort de chez lui avec un attaché-case. Il claque la porte. On entend alors un bruit de verres cassés. Il ferme les yeux, serre les dents et pousse un soupir. Puis il ferme à clé.
Séquence 6 : Extérieur / Ruelle - Jour
Luc marche dans une petite ruelle déserte. Là, il tombe sur deux hommes en train de donner des coups de pieds à un autre à terre. Il se bloque contre un mur et ouvre de grand yeux. Son attaché-case tombe de sa main. Les deux hommes l'entendent. L'un le pointe du doigt et ils se ruent très vite tous deux sur lui. Luc ferme les yeux, serre les dents et se blottit contre le mur. Les hommes arrivent sur lui et le rouent de coups. Puis ils s'enfuient. Luc se relève et part en se tenant la mâchoire. L'autre homme qui avait été attaqué s'est assit contre le mur et regarde dans le vide.
Séquence 7 : Intérieur / Bureaux (banque) - Jour
Luc arrive à son bureau. Il s'apprête à s'assoire lorsqu'un homme le prend par le bras et lui dit de le suivre, ce qu'il fait.
Séquence 8 : Intérieur / Bureau du patron - Jour
Luc lève la tête vers son patron, qui est assit face à lui sur un grand bureau.
PATRON
Savez-vous pourquoi je vous ai demandé de venir dans mon bureau, Monsieur Luc ?
Luc
Non, Monsieur le Directeur.
PATRON
Vous savez, Luc, une entreprise, c'est comme une grosse ruche d'abeilles. Vous voyez, Luc, ces espèces d'immondes créatures rayées qui font un bruit infecte.
Luc
Je vois, Monsieur le Directeur.
PATRON
Eh bien dans cette ruche, toutes ces saloperies d'insectes stupides et baveux passent leur journée à amasser le pollen qu'ils ont récolté toute la journée. Et ils le font, le refont. Toute cette saloperie est gérée par un apiculteur. Un type qui sait les encadrer, qui a le pouvoir sur elles. Imaginez maintenant, Luc, une de ces saloperies d'abeille qui renverserait cet apiculteur. Vous me suivez ?
Luc
Eh bien... Oui, Monsieur le Directeur.
PATRON
Comme vous êtes idiot ! Vous ne suivez rien du tout, ma parole. Une de ces ouvrières au pouvoir ? Si la ruche tiens encore debout, c'est grâce à l'apiculteur, vous me comprenez ?
Luc
Oui, Mon...
PATRON
(Le coupant)
Une entreprise, c'est pareil ! Si elle tiens debout, c'est grâce à l'apiculteur. Maintenant, imaginez la vie d'une abeille. Rien ne la distinguerait à prioris des autres. Elle sort de la ruche, va poléniser, revient à la ruche, excrète le miel, et repart, ainsi de suite. Seulement, cette abeille s'est aperçue qu'elle avait fort à gagner en gardant pour elle une partie de son produit. Elle est futée, l'abeille. Elle planque sous ses ailes un peu de ses dejections baveuses de pollen et fait comme si de rien n'était. Mais un jour, l'apiculteur le découvre. Imaginez alors sa reaction, Luc. Il ne peut pas laisser faire ça. Alors que doit-il faire, Luc.
Luc
Je ne sais pas, Monsieur le Directeur...
PATRON
Allons, Luc, un petit effort, voyons ! Il doit l'écr... l'écra...
Luc
L'écraser ?
PATRON
Mais oui, voilà. Vous avez tout à fait compris, Luc. C'est fout la facilité avec laquelle vous, petites abeilles, comprenez rapidement. Faut vous expliquer longtemps, hein, mais vous comprenez vite. C'est bien !
Ils se regardent.
PATRON
Bien... Où je voulais en venir ? Ah oui, l'abeille écrasée. Savez-vous, alors, pourquoi je vous ai convoqué dans mon bureau, Luc ?
Luc
J'avoue ne pas savoir, Monsieur le Directeur...
PATRON
Mmh, c'est ennuyeux, mon cher Luc. Très ennuyeux. Parce que j'ai ici des dossiers qui connaissent très bien la raison, eux.
(Il jette des dossier sur le bureau)
Alors soit vous êtes plus bète qu'un tas de papier, soit vous vous foutez ouvertement de ma gueule.
Luc
Mais je... Je ne comprends pas, Monsieur le Directeur.
PATRON
Croyiez-vous réellement que nous ne nous apercevrions de rien ? Vous enlevez une virgule a un compte, comme ça, l'air de rien. Vous transformez les chiffres. Je vous ai déjà raconté l'histoire de l'abeille qui voulait être magicienne, Luc ? Elle est très triste, je vous assure !
Luc
Mais je ne comprends pas, Monsieur le Directeur. Je vous assure que je n'ai rien fait. Rien !
PATRON
Il suffit, Luc. Vous m'exténuez. Sortez d'ici. Vous êtes au repos jusqu'à ce que cette affaire soit éclaircie. Croyez bien qu'une enquète est dors et déjà en cours. Maintenant, sortez.
Luc se lève et sort du bureau la tête baissée.
Séquence 9 : Extérieur / Rue - Jour
Luc marche lentement, la tête baissée. Il arrive devant un marchand de fleur et achète un bouquet.
Séquence 10 : Extérieur / Devant appartement de copine - Jour
Luc arrive avec le bouquet à la main. Il s'apprète à appuyer sur l'interphone, mais une personne sort. Il en profite alors pour entrer.
Séquence 11 : Intérieur / Appartement (escaliers) - Jour
Luc monte les escaliers et s'arrête devant une porte. Il reste devant celle-ci, se recoiffe rapidement, remet ses habits en état et s'apprète à frapper. A ce moment là, la porte s'ouvre. Derrière celle-ci, un homme et une femme s'embrassent. La femme est en peignoir. Leur baiser dure longtemps. Luc reste sur le pas de la porte, et regarde la scène, avec un air neutre. Le baiser cesse à cause d'un bruit. Ils regardent tous deux dans la direction de celui-ci mais il n'y a personne : Luc est parti.
Séquence 12 : Extérieur / Rue - Jour
Luc marche dans la rue, la tête baissée. Il arrive près d'un banc, à côté duquel se trouve une poubelle. Il jette le bouquet dans celle-ci et s'assoit en mettant la tête dans ses mains. Il reste ainsi quelques secondes, l'air pensif. Puis une fiente de pigeon lui tombe sur l'épaule. Il la regarde.
Luc
Ah génial !
Séquence 13 : Intérieur / Appartement - Soirée
Luc entre chez lui. Il jette les clés sur le canapé et allume la télé. Puis il pousse un soupir. Il n'est assit que depuis quelques secondes que quelqu'un frappe à la porte. Il se lève et se dirige vers celle-ci. Il entrouvre la porte et voit par l'entrabaillement une femme quinquagénaire qui le regarde avec un air de colère.
Séquence 14 : Intérieur / Cage d'escalier - Soirée
CONCIERGE
Monsieur Luc ! Je voulais vous voir. Concernant vos poubelles, encore une fois !
Luc
(En refermant la porte)
Plus tard, Madame Jane, s'il vous plait.
CONCIERGE
(En ouvrant la porte)
Non pas plus tard, justement. C'est la troisième fois, Luc, que je vous prends à ne pas sortir vos poubelles à temps. Après, vous descendez tout d'un coup, et c'est plus possible, ça rentre pas.
Elle regarde dans l'appartement de Luc.
CONCIERGE
Oh là là ! C'est pas très bien rangé, dites-donc. Y a du laissé aller, hein !
Luc
Ecoutez, Madame Jane, soyez gentille. J'ai passé une journée affreuse, aujourd'hui. Alors, s'il vous plait, pas maintenant.
CONCIERGE
Ah non mais moi je dis ça... Ca me regarde pas, hein. M'enfin, pour les poubelles, franchement. Je vous jure, à croire que les gens sont de plus en plus...
Luc
(La coupant, en criant)
Lâchez-moi, maintenant. J'ai passé une journée de merde. J'ai plus de taf, plus rien, et vous me faites encore chier avec vos putains de poubelles. Lâchez-moi, bon sang, et allez plutôt vous méler de vos affaire. Vous avez un mari qui doit être ivre mort à l'heure qu'il est. Allez plutôt lui faire la moral à lui, nom d'un chien !
Ils restent à se regarder un moment. Luc halète, un air de fatigue sur son visage. La concierge le regarde avec une bouche en cul de poule.
CONCIERGE
Mmph. En tout cas, vous êtes grossier ! J'en réfererai à votre propriétaire.
Elle se retourne. Luc pousse un soupir et lève la tête vers le ciel. Il tend la main vers sa concierge.
Luc
Attendez.
Il l'attrape par l'épaule. Celle-ci se retourne, regarde la main de Luc d'un air de dégoût et s'écarte en faisant un pas en arrière qui la conduit aux marches des escaliers. Elle chute dans ceux-ci. Luc se précipite sur elle.
Luc
Madame Jane, Madame Jane. Bon sang, vous n'avez rien.
Il se penche sur elle et lui tate le poul. Il enlève la main, et la pose avec l'autre sur son visage.
Luc
Bordel. C'est pas possible.
Il se lève et regarde autour de lui. Une petite vieille regarde par l'entrebaillement de sa porte avec de grands yeux. Il se dirige vers elle.
Luc
Madame, vous avez un téléphone pour...
VIEILLE DAME
(Le coupant)
J'ai tout vu !
Elle ferme la porte d'un coup sec. On entend le bruit de plusieurs cadenas et serrures.
Luc
Oh putain...
Luc se dirige vers l'escalier, enjambe le cadavre et commence à gravir les marches.
VIEILLE DAME
(De derrière sa porte)
Assassin !
Luc s'arrête, soupire, et remonte à toute vitesse. Il rentre chez lui et vérouille la porte en haletant.
Séquence 15 : Intérieur / Appartement - Soirée
Luc est assit par terre, contre le mur et regarde le vide en buvant. Puis il entend une voix.
VOIX
La vie vous ennuie ? Vous exaspère ?
Il lève la tête.
VOIX
Y a des jours, comme ça... Des jours où on sait au fond de nous qu'on ferait mieux de rester au fond de son lit.
Il se lève et se dirige vers la télé. Il voit alors un spot publicitaire. Un homme qui parle.
VOIX
La mort. Telle est la solution.
Puis il voit un groupe de gens qui chante "La mort, la mort" en dansant.
Il se dirige dans sa salle de bain, pleine de sang. Derrière, la musique se fait toujours entendre. Il ouvre un tiroir et en sort un revolver. Il la pointe en dessous de sa mâchoire. Il reste ainsi tandis que le rythme de la musique derrière s'accélère.
Il tire. Des bouts de sa cervelles giclent sur la rideau de bain. La musique cesse. On entend un larsen. Luc est à terre, inerte. Puis il ouvre les yeux, la bouche, tremble. Puis il dit en crachant du sang :
Luc
Merci la mort.
Sa tête tombe contre le sol. A la télé, les danseurs du spot s'arrêtent.
SPOT qui continue : générique.
Une fille parle à la camera, en souriant. Derrière elle, un champ de fleur.
FILLE
En vrai, la vie, j'aimais pas ça avant. La mort, j'trouvais ça cool. Mais maintenant, j'trouve que la vie c'est vachement plus cool. Dites oui à la vie !
VOIX
Ceci était un message du APPI. L'association Pour Promouvoir l'Ivresse.